Le Grand Hôtel
J’aime marcher dans Paris. Au début, j’avais l’impression de prendre des rues au hasard. Et puis je me suis rendu compte que je passais souvent par les mêmes endroits. Peut-être d’abord parce qu’il y avait du monde, de la lumière, et ensuite par habitude… La prochaine fois, il faudra que je prenne un autre chemin, pour voir.
J’aime marcher dans Paris, mais pas n’importe où. Par exemple, je déteste les quartiers des grands hôtels. Ça pue l’argent et la servitude moderne. Malgré moi, je sens que je ne devrais pas être là. Comme si leurs dorures avaient dégouliné sur le trottoir et que je risquais de les salir avec mes godillots usés par les kilomètres à marcher dans Paris. Comme s’ils avaient réussi à hameçonner mon esprit pour le convertir à leur vision du monde, où les puissants passent pendant que les larbins tiennent la porte. Bref, pas mon monde.
Je lève les yeux. Je prends du recul – pas trop, car la rue n’est pas si large. Les grands hôtels ont de grandes fenêtres. Et à travers elles, je vois danser les rêves. Les dormeurs les ont laissés là, par les nuits étoilées.
Marcher dans le ciel entre les immeubles.
Voir flotter une méduse géante sous les vitraux d’une cathédrale.
Construire une maison dans une goutte d’eau.
Recevoir enfin une lettre d’admission à Poudlard.
Je tourne la tête. A droite, à gauche, tout le long de la rue, et encore au-delà. Les fenêtres sont plus petites, mais pas les rêves.
Les rêves sont pour les enfants. Et les enfants grandissent. Quand j’étais au lycée, la prof d’Allemand racontait l’histoire d’un rêveur qui, à force de regarder le ciel, était tombé dans un trou. Peut-être que moi aussi j’y suis, dans le trou. Mais haut, tout là haut, cernée d’obscurité, j’aperçois encore un rond de lumière, une fenêtre. Et je vois au travers. J’ai trouvé l’hospitalité.



Commentaires
Enregistrer un commentaire