Marron
Avec l’automne vient le temps des marrons.
Il tombe du haut de l’arbre, et l’impact contre le sol le libère de sa bogue.
Il roule, libre dans le vaste monde, brillant et fier. Marron est fugitif.
Apercevant un enfant de pas-sage, il va le trouver et joue avec lui. Plus loin, il vient attirer l’oeil d’un promeneur, et éveille sa mémoire. Et au déclin du jour, il se glisse dans un creux pour attendre la germinaison.
Mais il arrive qu’il effleure le bord du précipice. Vertigineux, abyssal. Vide. Plus de bogue pour amortir sa chute. Quelle était douce, cette armure acérée. Alors, seul dans le noir, il se pensait invincible. Maintenant, le vent le pousse, la pluie l’emporte, le soleil le caresse. Et il a peur. De ce qu’il a gagné, de ce qu’il a perdu. Du vaste monde, des enfants sages, des promeneurs nostalgiques. Du désert.
N’ont-ils pas vu mes fêlures ? N’ont-ils pas senti sous leurs doigts les bosses et les creux de mon âme ?
Il est nu. Autour de lui, le monde tremble dans l’air, comme un mirage.
Il sait qu’il n’est pas invincible.
Mais dans leur yeux, il a cru apercevoir un éclat de lumière, reflet de son propre coeur. Et infiniment grand, infiniment petit, il se sent beau.



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